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2006-11-02 11:00:52 : "Ma liberté"

Là au milieu des coureurs, j’ai une impression bizarre. Je connais le lieu par cœur, le parcours n’a pas de secret pour moi pourtant, je suis un étranger. Tout le monde à l’air de se connaître et moi, je ne connais plus personne. Je pensais retrouver des copains de classe ou des voisins. Non aucun. Pourtant nous étions quelques uns, lors de la 4ième édition, à avoir pris le départ du semi, comme ça, avec un entraînement approximatif. Mais bon à 17 ans, on peut tout oser. Et puis 2 mois d’été en montagne, à promener des touristes sur des canassons (et moi à pied), ça doit compter un peu pour le foncier. Oui mais, à côté de ça, les fumées bleutées embrument déjà mes poumons et c’est parti pour plusieurs années de dépendance.
Ben quoi ! Je fais ce que je veux , j’suis libre et puis de toute façon, j’arrête quand j’veux.
Ok fais le.
Ouais, ben là, tu vois, j’ai pas envie.
Libre, peut-être, mais en liberté surveillée, avec pointage tous les jours chez le revendeur comme un détenu qui va pointer au commissariat.
Cela fait maintenant 6 ans que je ne filtre plus l’air qui oxygène mon sang. Les murs enfumés de ma prison tabagique se sont évaporés, mon horizon s’est débouché, ma liberté retrouvée. A moi, les grands espaces, cow-boy.
En parlant de grands espaces, pan ! c’est parti. Y a 15 bornes à faire.
Je laisse mes souvenirs sur la ligne de départ, c’est pas le moment de s’encombrer.
Démarrage en côte, pas facile mais c’est le début donc ça roule bien. Tout de suite après une descente, il me faut 3 ou 400 m pour trouver un rythme. Mon objectif est de faire les premiers kilos à une allure semi (enfin ce que je pense être mon allure semi soit 4’45).
Chacun cherche sa position dans ce train où aucune place n’est réservée.
Le premier kilo est atteint en 4’40. Ok dans les temps, par contre côté cardio, c’est l’affolement général, je suis largement au-dessus de 90%FCM. On verra bien, je continue sur ce rythme.
Le deuxième kilo est un poil plus rapide, j’ai accroché un bon wagon.
Je ne vois pas le bout du troisième mille. A enfin le panneau, hein, c’est quoi ce souk, 5’ et quelques. Ca va pas du tout, j’accélère un peu malgré mes puls déjà hautes et boucle le quatrième en 4’. Bon j’ai compris le problème vient pas à priori de mon allure mais du marquage. Pas grave.
Les 5 et 6ièmes sont un peu le ventre mou de ma course, ils sont digérés en 11’. C’est pas assez rapide, j’ai un peu de mal à accélérer. Je ne regarde plus mes puls.
C’est sur le 7ième que la forme revient, je rattrape un coureur et à la faveur d’une légère descente lui dit de prendre ma foulée pour revenir sur un petit groupe à une centaine de mètres devant nous. Un coup d’œil sur le chrono me confirme mes sensations.
Me voilà au pied de la côte, 1500m de montée. J’ai pas d’appréhension particulière. Je la connais bien. Je raccourcis un peu ma foulée et entame son ascension.


"Ma liberté" - Serge Reggiani (paroles Georges Moustaki)

Les réactions

Par mielou, le 2006-11-02 11:08:38
accrocher le bon wagon...
j'en rêve tout le temps !
mais en côte c'est quand même le pire pour moi

Par fils du vent, le 2006-11-02 11:15:05
Tu es donc devenu un renégat ,un étranger pour ce pays..
Pays de montagne ou simples collines?
attendons la suite et ton arrivée sous les flashes et les hourras;
ah penses a mettre une photo de ton podium.

Par Le Cri de la Carotte, le 2006-11-02 19:18:35
C'est peut-être parce que tu es dans la loco, Mielou ;o).

Simples dénivelés du piemont pyrénéen, Fils du Vent.
Pour la photo sur le podium, se sera pour une autre fois. Mes droits à l'image étant trop important, l'organisation de la course n'a pu se les offrir.

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2006-10-31 08:16:20 : "Stupeur et Tremblements" (*) - 0 photo - 4 réactions

La voix du speaker, déformée par un micro et des haut-parleurs approximatifs, est celle de mon entraîneur de foot, qui, pour l’occasion, s’est transformé en Monsieur Loyal d’un cirque de coureurs aux nez et aux pommettes rougis par la fraîcheur matinale.
Je m’approche et le salue, je suis content de le voir, même, si j’étais plus souvent sur le banc des remplaçants ou à faire l’arbitre de touche. De toute façon, l’esprit de compétition ne m’a jamais animé, seul le jeu m’intéresse. Perdre ou gagner, gagner et perdre, c’est pas le plus important.
Quelques mondanités. Je ne suis pas très à l'aise dans ce genre d’exercice. Quand j’aperçois par dessus son épaule la silhouette imposante de mon instit, aïe. Certes il est moins impressionnant aujourd’hui (du moins par la différence de taille plus réduite entre nous) mais son charisme est toujours là. Je ne m’approche pas. Avec l’entraîneur, pas de problème, j’ai un physique irréprochable ;o), je suis prêt à enchaîner les débordements sur l’aile et les centres en retrait, mais là c’est autre chose. J’ai pas révisé mes tables et mes conjugaisons (comme vous pouvez peut-être le constater ici ou là), compléments d’objets et accords de participe sont aux oubliettes, enfouis sous des couches de débilités télévisuelles. Visiblement occupé à autre chose, il ne me reconnaît pas. Normal, des élèves, lui en a eu plein.
Je m’esquive pour aller chercher mon dossard.
Epinglé en bonne place, je pars m‘échauffer. Je monte vers l’école et décide de faire le tour. Devant de préau, des signes kabbalistiques m’interpellent, les marelles d’antan, tracées à la craie à main levée, sont remplacées par des quadrillages et des escargots énigmatiques peints avec de la bonne peinture. Tiens, ils ont goudronné le trottoir où les billes roulaient et s’entrechoquaient sous mes doigts maladroits. Sur les vitres, je suis surpris de lire un message, écrit par l‘équipe enseignante, demandant des ordinateurs obsolètes pour équiper les classes. Comment se fait-il que la France, pays parmi les plus riches, ne puissent fournir des PC à ses écoles ? Préférant sans doute équiper ses e-militaires de technologies de pointe pour s’affronter dans des guerres virtuelles où les morts civiles seront, elles, bien réelles.
Je continue mon chemin, et tombe sur le garage à vélos, ou plus exactement l’emplacement du feu garage à vélo. Mais où garent-ils leur bicyclettes ? Je ne veux pas croire qu’ils viennent tous en voiture. En écrivant ces lignes, je me rend compte d’un paramètre important aujourd’hui, la sécurité. Les voitures étaient largement moins présentes avant. Et puis en plus, l’épicerie étant fermée, c’est pas intéressant d’aller à l’école par ses propres moyens.
Je finis mon échauffement prés du terrain de basket où j’ai un jour réussi, lors d’un jeu de piste, à mettre 4 ou 5 lancer-francs de suite. Mon heure de gloire pour ainsi dire.
Je redescend vers la ligne de départ, après quelques accélérations en montée et me place en attendant le coup de feu.


(*) Amélie Nothomb (2001) (pas lu, mais je vous conseille vivement le lecture de son premier roman "Hygiène de l'Assassin")

2006-10-30 10:19:41 : "J'ai dix ans" - 0 photo - 4 réactions

"Je sais que c'est pas vrai
Mais j'ai 10 ans..." (*)

Où en étais-je ?, ah oui, le portail fermé, le rideau baissé…

Tout était comme avant, pourtant un détail attire mon regard. Ce fameux portail, naguère ouvert, même le dimanche, est aujourd’hui définitivement clos. L’épicerie a fermé ces portes.
Et oui, c’est là sur le chemin de l’école que nous nous arrêtions pour acheter des bonbons. Nous étions riches avec nos poches remplies de pièces jaunes récupérées sur un canapé ou sur la monnaie des courses. En même temps, sans le savoir, nous révisions nos additions et nos tables de multiplications (alors j’ai 1 franc, si j’achète 3 fraises à 10 centimes et 2 réglisses à 20 centimes, etc…) .
Le départ pour le grand huit temporel est donné. Chaque pas est matière à souvenir.
Quelques dizaines de mètres plus loin, j’aperçois la maison du curé avec son fameux jardin. M’en voudrait-il aujourd’hui de ne plus croire au Père Noël des grands au point d’avoir renié mon baptême?
Je tombe au détour d’une rue sur le château, immense et mystérieux jadis. Le bruit court dans nos têtes blondes que la sombre demeure est hantée ou gardée par un monstre venu d’Afrique. Le mur d’enceinte est-il là pour nous empêcher d’y pénétrer ou pour nous protéger du monstre ? De toute façon, nous n’osons même pas nous aventurer devant le portail géant barrant l’entrée, la traversée de la rue est alors tabou.
Aujourd’hui, je passe devant sans peur. Je n’ai plus le temps de m’inventer des histoires de gamin. Le seul monstre à affronter, dorénavant, est le chronomètre.
D’ailleurs, j’approche du départ, mon ouie ne me trompe pas, j’entend le speaker annonçant les heures des prochaines épreuves et quelques vieux tubes dépoussiérés à la sauce techno.


(*) "J'ai dix ans" Alain Souchon (1974)

2006-10-27 14:07:56 : Quand la course à pied explore le temps... - 0 photo - 9 réactions

Dimanche dernier, en me rendant sur le départ de la course, je me suis fait happer par la spirale du temps.
Il semblerait que ce curieux phénomène touche de temps en temps quelques capistes…
Dimanche donc, je participais à une course organisée depuis 22 ans dans le village de mon enfance. Et c'est en cheminant à travers le bourg, que cela s'est produit.
L'endroit où c'est arrivé, est bien révélateur.
Cela aurait pu être n'importe où, mais non, ma madeleine est ici sur ce lieu symptomatique de mon enfance.

Voilà comment ça s'est passé…

8h45mn, ça y est , c’est l’heure, j’y vais.
Sans doute un peu tôt pour un départ à 10h (il me faut un petit quart d’heure à pied pour rejoindre la ligne de départ). Mais debout depuis 6h30mn, j’ai envie de briser cette éphémère solitude, survenue la veille au soir, lorsque mon épouse m’a laissé devant la maison familiale vide (mes parents étant en vadrouille), pour retourner vers son cocon maternel. La maison pour moi tout seul un samedi soir. 20 ans plus tôt, cette perspective réjouissante m’aurait permis d’organiser une fête avec des potes et de me coucher à l’heure où je me suis levé aujourd’hui. Mais ça, c’est un autre histoire…
Me voilà donc parti, en petites foulées. La quartier est quasiment désert, pas de bruit (à part quelques coups de fusils brisants la sérénité des lieux, maudits chasseurs !!!). Au carrefour, je donne mon premier bonjour de la journée à un signaleur de la course.
Dur, dures sont les cuisses (le coach ne nous a pas loupé, mardi dernier, avec ces répétitions de fentes avant), je continue en marchant, et en plus ça monte.
Je croise de nouveau un signaleur discutant avec un quidam et son chien, je les salue tout en continuant ma route.
Je me rend compte que cette route m’emmène tout droit à mon ancienne école. O, ce n’est pas la première fois que je repasse par là, mais en y réfléchissant bien, c’est peut-être bien la seule fois depuis une éternité que je refais le parcours à pied (et avec un sac sur le dos). Rien n’a changé en presque 30 ans, ah si, un détail, un portail fermé, un rideau baissé, et c’est à cet instant que …

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